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Le crash de la plus jeune pilote du monde

Accident | Crashs liés aux facteurs humains | Crashs liés à la météo

Autant les records impliquant des avions sont prisés par le public, autant ils sont accueillis avec dédain et mépris par la communauté des pilotes. Il est facile à n’importe quel fou ou inconscient de se défaire des règles de sécurité élaborées pendant un siècle d’aviation pour battre un record. Si on fait abstraction de Charles Lindbergh, les aspirants aux records ont plus de chance de rentrer dans la postérité s’ils ratent leur coup que s’ils le réussissent. L’histoire de ce chapitre est particulièrement odieuse parce que c’est l’histoire d’adultes qui se servent d’une gamine pour ajouter leur nom dans le livre des records.

Jessica Dubroff a 6 ans quand son père décide qu’elle va devenir la plus jeune fille à traverser les Etats-Unis d’un océan à l’autre aux commandes d’un avion. Autre acteur de ce drame, Joe Reid, un employé de bourse de 52 ans et disposant d’une licence d’instructeur, d’une expérience de 1’200 heures de vol et d’un petit avion privé.

Le but étant de devenir célèbre, le père de Jessica multiplie les interventions auprès de la presse locale puis nationale. Très rapidement, les chaînes de télévision de passionnent pour ce challenge qui représente tant l’Amérique. Pour des médias dont le fond de commerce est l’audimat, cette histoire offre un bénéfice garanti que le vol se termine bien ou mal.

Jessica est entraînée sur un Cessna Cardinal (Ce 177). Un monomoteur à aile haute et 4 places. Plusieurs coussins sont ajustés sur son siège à gauche. Mais ses petits pieds n’atteignent pas les palonniers. On y rajoute des calles en aluminium et le tour est joué. L’avion immatriculé N35207 est bientôt montré sur toutes les chaînes. Pour peu, il deviendrait plus célèbre que l’Air Force One, le Boeing 747 du Président des Etats-Unis.

Un plan de vol très audacieux est établi. Il prévoit chaque jour un vol de 3 à 8 heures d’affilée. Sur les huit vols prévus, 2 feront 8 heures. Un vol fera 7 heures, un autre 7 heures 30, un autre 6 heures 45... Pratiquement un long courrier par jour. Un seul vol est prévu pour durer 3 heures.

A chaque étape, une série d’interviews et apparitions télévisées sur de grandes chaînes sont au programme. L’avion doit adhérer strictement à son plan de vol si les occupants veulent bénéficier de la meilleure couverture médiatique. Ceci va jouer un rôle important pour la suite des évènements.

Le premier vol du tragique traversé a été réalisé le 10 avril 1996. Jessica a déjà 7 ans. L’avion part de Half Moon Bay en Californie et arrive après 8 heures de vol à Cheyenne dans le Wyoming. Il se déroule correctement avec deux arrêts intermédiaires pour refaire le plein d’essence. A leur arrivée à Cheyenne, les trois occupants de l’avion sont attendus par les médias. Différents interviews sont accordées à des journalistes de la télévision et de la presse écrite.

Le programme est tel que l’instructeur ne dormira que 6 heures par nuit durant les trois derniers jours précédent le drame. Le jour du crash, il se réveille à trois heures et demi du matin pour passer en direct sur des émissions radio matinales passant sur la cote Est. Il quitte l’hôtel à 6 heures 22 en déclarant à plusieurs personnes qu’il se trouve dans un état de fatigue extrême. Comme les pilotes ont tendance à sous estimer leur état de fatigue, ces déclarations ont donné à penser au NTSB que l’instructeur était réellement au bout du rouleau et donc inapte à assurer la sécurité du vol de 7 heures et demi qui l’attendait.

A l’arrivée, qui n’aura jamais lieu, le trio doit passer une grande chaîne de télévision en émission nationale.

Après une dernière rencontre avec les journalistes de la presse écrite, les deux adultes et la gamine partent vers l’avion. Un coup de fil va les retarder. C’est le directeur d’une station radio locale. Il pose quelques questions d’usage puis il suggère au père de Jessica de retarder le départ à cause de la météo.

- Nous allons battre l’orage ! Répond ce dernier. Au moment où il prononce cette phrase insensée, il ne lui reste qu’une demi heure à vivre.

La météo est très mauvaise ce matin et continue à se dégrader. Toutes les personnes présentes à l’aéroport sont inquiètes. Le vent souffle en rafales et secoue même les avions qui sont garés sur le tarmac.

Même si sa décision est prise, l’instructeur finit par téléphoner au service météo. Les prévisions sont plus que pessimistes. Tout le long de la route prévue, des orages se sont formés et avancent en se renforçant. La pluie tombe sans discontinuer. Le vent est très fort avec des rafales. Des conditions givrantes ont été reportées. Des cisaillements de vent sont signalés sur l’aérodrome. La visibilité est plus faible que le minimum exigé pour le vol à vue sur la plus grande partie du trajet. Le météorologue conclut en disant qu’il n’attend aucune amélioration durant la journée.

Malgré cette situation alarmante qui a plaqué au sol tous les avions de la région, le papa de Jessica insiste pour partir et l’instructeur est trop fatigué pour le contredire. Sous aucun prétexte ils ne veulent rater l’émission nationale dans laquelle ils sont tous invités.

Lors de son premier contact avec la tour, le contrôleur demande à l’instructeur s’il a entendu la dernière météo. Ce dernier répond que non et le contrôleur lui donne la fréquence en exigeant qu’il entende d’abord le dernier bulletin ATIS avant de demander quoi que ce soit. L’instructeur essaye d’écouter la fréquence, mais se trompe plusieurs fois sur son affichage. Il n’a jamais pu l’écouter, le modèle de radio dont disposait l’avion ne lui permettait pas d’afficher la fréquence donnée. Néanmoins, le contrôleur communique au pilote les dernières informations météorologiques.

Lorsque la tour de contrôle l’autorise à rouler, le pilote se rend compte qu’il a oublié une cale devant le train d’atterrissage avant. L’employé de l’aéroport ne peut pas la retirer, elle est trop proche de l’hélice. Le moteur est donc coupé puis redémarré. Durant ce temps, la pluie redouble de violence et les premiers éclairs commencent à zébrer le ciel.

Il n’était pas à son premier impair. Lors d’un précédent vol avec les journalistes, l’instructeur avait oublié une porte ouverte qui a donné du souci par la suite. Un autre journaliste spécialisé a remarqué que le pilote n’avait pas réalisé les tests moteurs obligatoires avant chaque décollage. Tout porte à croire que monsieur l’instructeur n’avait jamais réalisé de check list de sa vie.

Alors que l’avion roulait, un puissant bimoteur occupé par le pilote qui a une expérience de 13'000 heures de vol décolle. Ce dernier sachant que le vol de Jessica était sur le départ s’en inquiète et contacte la tour de contrôle pour alerter sur les conditions de vol : il a été mis en difficulté par des turbulences très fortes et un cisaillement de vent. Entendant ce rapport, un commandant de bord d’un vol commercial annule son départ. Seul le Cessna de Jessica roule vers son destin.

En plus, on le saura plus tard, l’avion est surchargé. Même par météo parfaite, il n’est pas sensé voler. Outre le plein et des trois occupants, il y a des cartons de matériel promotionnel et plusieurs centaines de casquettes où le nom de Jessica est gravé en lettres d’or. Le papa filme à l’aide d’une lourde caméra de production qui lui a été prêtée par la chaîne ABC. Il transporte également un gros sac avec les cassettes et les accessoires de la caméra.

Le contrôleur, en haut de sa tour tourmentée par les éléments, tente une dernière démarche pour stopper l’avion. Il prend sa radio et contacte le Cessna :

- Les conditions météo viennent de passer sous les minima ! Vous ne pouvez plus partir en vol visuel. Quelles sont vos intentions ?
- Je dépose un plan de vol VFR-Spécial, répond l’instructeur

Le VFR-Spécial est un vol à vue réalisé avec des conditions plus dégradées que les minima VFR mais au dessus des minima IFR. Si les minimas IFR sont établis, il est nécessaire de faire un vol aux instruments.

Le Cessna rentre dans la piste et avant même d’en référer au contrôleur, il décolle sans autorisation. Il vole quelques secondes. Les témoins voient l’appareil secoué dans tous les sens par le vent et les turbulences. Il entame un virage à droite. Puis soudain, il se penche de côté et plonge brutalement vers le sol. Les occupants sont tués net.

Le papa de Jessica passera à la télévision ; dans les journaux de ce 11 avril 1996 on ne parlera que de lui.

L’enquête est confiée au NTSB qui demande l’aide de la NASA pour reproduire ce vol dans ses moindres détails.

Il a été établi de façon presque certaine que c’est l’instructeur qui était aux commandes. Ceci a été déduit des blessures de la gamine et de l’instructeur. Le NTSB ne donne pas beaucoup de détails sur ce point précis. En tous les cas, vu les conditions de ce décollage on pense, ou tout du moins on espère, que l’instructeur avait pris les commandes.

Lors du décollage, la visibilité était faible et l’horizon indéfinissable à cause des nuages. Pour se repérer, le pilote devait regarder par la vitre à droite pour voir le sol. Pour les instruments, il devait se retourner totalement à gauche puisque l’unique tableau de bord se trouvait face à l’enfant. Ce mouvement a pu le désorienter et lui donner une fausse idée de sa vitesse. En effet, juste après le décollage, l’avion à commencé à virer à droite. Le vent qui était de travers, commence à devenir un vent de dos poussant l’avion. L’instructeur qui regarde par la fenêtre sent la vitesse sol augmenter et se fait une fausse idée de la vitesse de son avion. Il croit que le Cessna accélère alors que la vitesse air n’augmente pas et chute même. A un moment donné, l’avion décroche, devient incontrôlable et plonge vers le sol sans que le pilote ne puisse faire quoi que ce soit. Un décrochage à faible altitude est presque toujours mortel.

Par ailleurs, l’aéroport de décollage se trouvait en altitude : 6'156 pieds. La température élevée ce jour là, donnait une altitude apparente (altitude densité) de presque 6’700 pieds. Ceci diminue les performances de l’avion et de son moteur. L’instructeur n’avait aucune expérience de ce genre d’aérodromes.

En altitude, le pilote doit réduire la quantité d’essence admise au moteur en reculant la manette de richesse. Si cette manette est laissée au maximum comme elle est réglée au niveau de la mer, le moteur a trop d’essence et forcément moins de puissance. La position des manettes lors du décollage n’a jamais pu être déterminée avec certitude. Ce qui est certain, c’est que le pilote ne s’est jamais arrêté avant la piste pour faire les tests et les réglages nécessaires du moteur. Ceci laisse à penser que le mélange n’était pas correctement réglé.

Par ailleurs, la NASA a déterminé que la pluie diminuait la portance de 3% et augmentait la vitesse de décrochage de 1.5%. L’avion était bel et bien surchargé : au décollage il pensait 2'584 livres au lieu des 2'500 autorisés par le manuel de l’avion. Ceci représente une surcharge de 3.4% environ.

Selon des psychologues, cette triste aventure a mis le doigt sur la foi démesurée qu’accordent certains parents aux capacités de leurs enfants. Bien des parents pensent que leur enfant a quelque chose d’extraordinaire. Jusqu’à un certain point, ce sentiment est naturel. Mais poussé à son comble, il peut inciter des parents à mettre leur enfant en danger pensant qu’il est assez fort pour s’en sortir. La veille de la mort de sa fille, lorsqu’elle a été prévenue de la dégradation de la météo, la mère de Jessica, affichait une confiance sereine en affirmant que sa gamine serait plus forte que les éléments. Plus tard, quand le NTSB annoncera que le crash est survenu en raison des conditions météo difficiles, la mère de Jessica refusera d’y croire. Elle pense toujours que l’avion s’est écrasé à cause d’un problème avec l’avion.

On a toujours été un peu original dans la famille Dubroff. Jessica et son frère Joshua sont nés dans sous l’eau dans une baignoire. La mère n’avait aucune assistance médicale à proximité. Les enfants ont toujours été nourris de végétaux et de jus de fruits. A l’âge de la scolarité, les parents refusent qu’ils fréquentent l’école. A la place, ils leur apprenaient à fabriquer des meubles à domicile.

Dans les affaires du trio, on a trouvé un agenda avec un nombre incroyable de rencontres et de rendez-vous avec la presse lors du parcours. De plus, dans la poche de Jessica, on trouve un bout de lettre adressée à monsieur Bill Clinton, président des USA à l’époque : « J’arrive à Washington le 13 avril. Pourrais-je vous rendre visite à la Maison Blanche ? Peut être que vous pourriez voler avec moi pendant un quart d’heure ou vingt minutes ? ».

L’Administration apprécia moyennement le tableau. Cinq mois après ce crash, le Congres passa une loi intitulée « The Child Pilot Safety Act » qui ferma définitivement la page des tristes records avec des avions et des enfants.

Irresponsables donc coupables !

L'attitude de tels parents est tout simplement irresponsable. On connaissais déjà l'expression "responsables mais pas coupables", il faudra y rajouter la notion de "coupables car irresponsables" !

Quant à cette pauvre gamine elle aura, du coup, peut-être battu deux records : Celui du plus jeune pilote au monde et/mais probablement aussi celui de la plus courte carrière de pilote au monde.

Fred

sans commentaires

sans commentaires....

Contrôle

Bonjour Amine,

effectivement, cette histoire est vraiment très moche.

Je me pose une question quant au contrôleur : aurait-il pu interdire au pilote de décoller (même en VFR Spécial), compte tenu des conditions météos dégradées et du message alarmant du pilote du bimoteur qui a décollé juste avant ?

Bon a faire lire au parents

Bon a faire lire au parents qui cherchent à voler l'enfance de leurs enfants.

Parents, que votre enfant soit surdoué ou spécial, Laissez-le vivre son enfantce, il en a besoin.

Que votre orgeuil ne le fasse pas regretter les années passées à vos cotés.

MedKH

Oui, c'est clair. Ici, c'est

Oui, c'est clair. Ici, c'est un cas extrême où la vie de l'enfant est mise en danger par les parents. Le vol d'enfance est malheureusement trop courant. Beaucoup de parents poussent leurs enfants à l'extrême sans se rendre compte qu'ils vont en faire des adultes malheureux.

c'est nul putain

c'est nul putain

C'est comme tu dis...

C'est comme tu dis...