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Un CFIT pas comme les autres : Le crash du DC-3 de Air Majestic

CFIT | Crashs liés aux facteurs humains | Facteurs humains
Le DC-3 est l’un des avions les plus mythiques jamais construits. Avec ses deux moteurs en étoile et ses petits hublots rectangulaires, il est une pièce de choix dans toute collection de musée aéronautique qui se respecte.

Malgré son âge et malgré le fait qu’il ne soit plus fabriqué depuis longtemps, le DC- 3 a encore ses adeptes. L’avion est robuste, une véritable Jeep du ciel comme le qualifient certains pilotes. Ils existent même des compagnies qui le transforment en l’équipant de deux turbopropulseurs à la place de ses moteurs traditionnels. Grâce à cette modification dont le coût dépasse les 4 millions de dollars, le DC-3 peut voler plus haut et aller plus vite.

Vous n’avez probablement jamais entendu parler d’Air Majestic. Et pour cause : cette compagnie ne possédait que deux salariés et qu’un seul avion réalisant des transports cargo et des vols taxi entre les terrains de l’Alaska.

La compagnie de transport a été créée par un certain Jodi Pond en septembre 2000. Ce pilote allait devenir le seul dirigeant de l’entreprise et l’unique commandant de bord également. Afin de finaliser son rêve, il acheta aux enchères un vieux DC-3 à la peinture blanche et bleu ciel. L’avion a une histoire qui remonte bien loin : il fut acquis pour la première fois par l’U.S. Air Force en janvier 1944, soit près d’un an et demi avant la fin de la seconde guerre mondiale.

En mars 1944, il fut mis en service en Grande Bretagne au sein du 512ème puis du 417ème régiment.

Ce mardi 23 janvier 2001, l’avion arrive à 19 heures 20 dans une île oubliée des Dieux et des hommes : Unalaska. Avec ces 4'300 habitants et son héritage russe, cette île volcanique américaine est un paradis préservé.

Le vol fut difficile et les pilotes prévoyaient de passer la nuit sur place. Cependant, dès son arrivée, le pilote se voit miroiter une proposition de celles qu’une petite entreprise ne refuse pas : transporter 2'500 livres de chargement urgent vers la capitale de l’Etat, Anchorage.

La nuit d’hôtel fût décommandée et l’avion refit le plein et prit son envol vers 21 heures 30 sans même avoir déposé un plan de vol. La météo qui était difficile dans la journée, fut épouvantable durant la nuit. L’avion, qui n’arriva jamais à Anchorage, ne fut retrouvé que trois jours plus tard reposant sur le coté d’un volcan à moins de six kilomètres de l’aéroport de départ.

Les secouristes ne purent que constater la mort des deux pilotes et, heureusement, seuls occupants de l’appareil qui fut cassé en plusieurs morceaux lors de l’impact. Cette enquête sur un CFIT classique pouvait en rester là si la personnalité des pilotes n’est pas venue jeter un trouble, voir même un scandale qui n’épargna aucune compagnie d’avions taxi.

L’étude du passé du commandant de bord révèle qu’il a enregistré dans sa vie 15'000 heures de vol et 12 ans de prison pour trafic de cocaïne. A sa sortie de prison fédérale, la FAA refuse de l’autoriser à voler parce que des craintes subsistent au sujet de sa dépendance à la cocaïne. Cependant, au bout de deux ans de procédure, des psychiatres le déclarent apte à voler de nouveau.

Il vola pendant quelques années et en mai 1998, il envoya un DC-3 au tapis. Plus de peur que de mal, mais l’avion est totalement détruit. Les enquêteurs découvrent que le pilote avait oublié de mettre du carburant avant de partir. Grave erreur, le planning du carburant, avec l’étude de la météo, est l’une des tâches les plus vitales que réalise chaque pilote avant le départ. L’enquête s’arrête à ce point et le pilote est privé de sa licence de vol pendant... 45 jours. Il recommence à voler après sa suspension, mais quelques jours plus tard, le 21 juillet 1998, il casse un autre DC-3 sans raison apparente lors d’un atterrissage brutal par bonne météo.

Le copilote est une femme au lourd passé également. Elle a été présente lors des deux crashs du commandant de bord. De plus, elle a réalisé deux autres crashs à elle seule.

En 1987, elle oublie de mettre du carburant et s’en rend compte quand le moteur de son avion s’arrête. Elle tente un atterrissage d’urgence après un long vol plané. Elle s’en sort et l’avion est détruit. Six ans plus tard, en 1993, elle réalise un CFIT et a la vie sauve par miracle. L’avion qui a percuté le terrain est totalement détruit également.

Elle continue à voler comme instructrice et, un jour, sans raison apparente, elle perd conscience. L’affaire fait du bruit et arrive jusqu’à la FAA. Cette administration révoque le certificat médical et écrit une lettre recommandée à la pilote pour lui enjoindre de rendre le dit certificat. Pas de réponse. Il a été souvent montré que lorsque la FAA est ignorée par un pilote privée, elle ne réagit pas plus et l’attend au tournant. Le tournant arrive quand la dame doit renouveler son certificat médical arrivé à expiration. La FAA ne veut pas le signer et évoque des problèmes neurologiques.

La pilote ne va pas se laisser faire. Elle engage un avocat et porte l’affaire devant un tribunal administratif et devant le NTSB. Profitant de la rivalité qui existe entre ce dernier et la FAA, elle arrive à décrocher son certificat de nouveau. Le NTSB déclarera que les assertions de la FAA ne sont pas démontrée et que donc rien ne s’oppose à la validation du certificat.

Quand les enquêteurs arrivent dans les locaux de la compagnie Air Majestic à Anchorage, ils ne trouvent aucun document d’exploitation. Le désordre est total et rien ne permet plus de retracer le déroulement des affaires. En particulier, aucun document sur les heures de vol, les heures de repos de l’équipage, la maintenance de l’avion…etc. n’est retrouvé. Mais rien que l’absence de ces documents donne une idée juste du fonctionnement de la compagnie.

Enfin, après tant de crashs, les autorités décident de faire des prélèvements sanguins puis des analyses sur les corps des pilotes. Chez le commande de bord, on trouvera des doses élevées de cocaïne et pas moins de huit de ses dérivées. La copilote n’est pas en reste. Au moment du crash, elle était sous l’influence de plusieurs antidépresseurs et médicaments sensés améliorer le moral. Toutes ces substances provoquent la somnolence, des pertes d’orientation spatiale et sont naturellement interdites par la FAA pour les pilotes en exercice.

Les décombres de l’avion furent abandonnés sur place. Ni la police locale, ni le NTSB, ni personne n’avait envie de chercher plus loin.