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Vol JAT 420 : Encore une sortie de piste à Istanbul Atatürk

Accident | Accidents au sol | Actualité | Atterrisage

Sortie de piste Istanbul - JAT YU-ANV
Boeing 737-300 de JAT après la sortie de piste à Istanbul. Le réacteur droit touche le sol.

Sortie de piste Istanbul - JAT YU-ANV
Vue de dos du 737 YU-ANV. Les trains d'atterrissage ont l'air intact.

Dimanche 4 octobre 2009 - Le vol JAT Airways 420 qui rentrait de Belgrade a eu une fin mouvementée à l’aéroport d’Istanbul Atatürk. Le Boeing 737-3H9 avait 131 personnes à son bord et réalisait une approche ILS sur la piste 06 qui ne fait que 2300 mètres de long. Cette longueur n’est pas excessivement courte. On a bien posé des avions de ligne à Saint-Thomas sur une piste de 2134 mètres finissant par une station d’essence. Cet endroit a connu deux accidents graves dans les années soixante dix avec plus de 85 morts. Mis à part, cela, les autres avions avaient atterri sans trop de soucis. Jusqu'à nos jours, on a l’aéroport Princesse Juliana dans les Caraïbes qui a une piste de 2180 mètres sur laquelle se posent même des 747 en faisant des approches finales très basses au-dessus de l’eau pour le plaisir des photographes. Bonne nouvelle, il fait tout le temps beau sur ce terrain.

Ce n’était pas le cas ce dimanche à Istanbul Atatürk. Lors de l’approche du vol JAT en 06, le vent était nul voir un peu de dos, il pleuvait, la visibilité prévalente était de 6000 mètres en diminution et le plafond nuageux à 3500 pieds. La piste 06 / 24 n’a pas bonne réputation… Sa longueur est acceptable quand la météo est correcte mais elle devient de plus en plus critique au fur et à mesure qu’on rentre dans le domaine du vol aux instruments. En plus de cela, elle a tendance se creuser en son milieu. Cette concavité donne de fausses références visuelles aux pilotes qui se retrouvent à arrondir légèrement trop tôt faisant planer l’avion sur une plus grande distance. Enfin, à cause de tous les freinages serrés réalisés dessus, la surface de la piste s’est progressivement couverte d’une couche de gomme de pneus. Quand il pleut dessus, elle se transforme en patinoire sur laquelle il est difficile d’arrêter un avion.

Le JAT a fait une sortie de 50 mètres à faible vitesse. Il n’eut aucun blessé si ce n’est l'amour propre des pilotes.

Des précédents
Le 23 mars 2007, un Airbus A300 de la compagnie Afghane a eu moins de chance. Il atterrissait en direction 24 dans des conditions météorologiques similaires à celles qu’a connues le JAT. Pour corser encore le tableau, il faisait nuit et le A300 est encore plus lourd. Les pilotes posent le train principal, les spoilers se déploient sur l’extrados des ailes, le train avant est posé en douceur, les inverseurs de poussée s’ouvrent et le régime des réacteurs commence à augmenter. A ce moment, il ne reste plus que quelques centaines de mètres pour s’arrêter. L’action du freinage est très faible. Dès que la pression est appliquée, les 8 roues du train principal tendent à se bloquer. L’ABS gère comme il peut mais le seuil de piste s’approche. L’appareil quitte le bitume. Le sol mouillé est très meuble, le train d’atterrissage s’y enfonce en creusant des ornières de plus en plus profondes. Le réacteur droit touche suivi par l’aile. Les 50 passagers s’en sortent indemnes mais avec une belle frayeur. Quant à l’avion, il vient de faire son dernier vol. Les dommages ne sont pas récupérables. Il restera pourrir pendant des années sur le bord de la piste comme pourrissent de nombreux appareils sur les bords des pistes un peu partout en Afrique et en Asie.

Sortie de piste Istanbul
La piste est rendue glissante par la gomme de pneu surtout par temps pluvieux

Sortie de piste Istanbul - Ariana
Le YA-BAD finit son parcours ici après plus de 25 ans de bons et loyaux services.

Sortie de piste Istanbul - Ariana
De près, on se rend encore mieux compte des dégâts. Le réacteur 2 est au sol et l’aile correspondante tordue au-delà de sa limite élastique.

Sortie de piste Istanbul - Ariana
Autre perspective de l'Airbus YA-BAD du vol FG517

Qu’elles soient liées à une technique de pilotage inappropriée, à des difficultés du terrain ou à la combinaison des deux, les sorties de piste restent aujourd’hui l’un des sujets les plus chauds de la Sécurité Aérienne. Dans la soirée du 17 juillet 2007, l’Airbus A320 du vol TAM 3054 atterrissait sous la pluie à l’aéroport de Sao Paolo. Il réalisa la sortie la plus meurtrière de l’histoire de l’aviation. Un bilan de 199 morts ! La piste 35L faisait 1940 mètres.

Tupolev de la Malév
Les soucis ne datent pas d'hier. Ici, un Tupolev de la Malév. Sortie de piste à Istanbul en 1969.

Lire encore :
- Crash TAM 3054 a Sao Paolo - Article SecuriteAerienne.com

Important : Les articles diffusés ici ont une approche purement technique d'une problématique. Ils n'ont pas pour objectif l'appréciation légale, morale ou autre des circonstances d'un accident. Aucun élément dans ce sens n'a été intégré lors des phases de recherche, de documentation ou de rédaction. Ce contenu est diffusé dans l’intérêt exclusif de la Sécurité Aérienne et donc des personnes transportées par avion.

Gommage

L’ABS pour être efficace sous-entend qu’au moins, une ou plusieurs roues gardent une capacité d’adhérence. Sur un Avion de ligne seul les deux trains principaux sont équipés de l’ABS qui a pour principal effet d’empêcher le blocage des roues en freinage d’urgence, il n’a pas pour origine de garder le contrôle longitudinal de l’appareil pouisqu'il n'y a pas de traction appliquée sur ces roues. De plus, si la piste semble par trop gommée et que l’adhérence devient précaire sur toutes ou parties de sa surface, ce sont les deux trains de roues qui perdent ensemble l’adhérence.
Lorsque la vitesse est encore importante mais pas suffisante pour avoir des effets avec les gouvernes, seule la tenue d’axe peut s’effectuer avec les freins différentiels.
Dans la mesure ou cela devient une patinoire, la messe est dite !

Deux petites questions qui n'ont rien à voir

Bsr Amine,

Comment est déterminé le pitch, on dit aussi AoA il me semble (angle que fait l'aile par rapport au flux d'air) ?

Les sondes statiques peuvent-elles givrer ? Est-ce aussi grave que pour les Pitot ?

A+

Ils vont être contents les ferrailleurs !

Pour être sérieux, c'est la fête du 737, en attendant celui de Russie.

On sait dégivrer les avions, dégeler les pistes et on n'est pas foutu de nettoyer les pistes ?

Pourquoi avec l'ABS, il ne reste pas en ligne ?

Si on compare à la F1, les pneus sont des "slick" ou des pneus pluie ?

Enfin à propos de l'A300, comment peut-on laisser des épaves en bord de piste ?

A+

Oui, on entend beaucoup

Oui, on entend beaucoup parler de 737 ces derniers jours. C’est une sorte de vague. En tout cas, ca va produire pas mal de ferraille.

L’ABS empêche les roues de bloquer, mais il n’a pas vraiment idée de la trajectoire de l’avion. Si celui-ci fait de l’aquaplaning et commence à partir latéralement a cause du vent ou autre, l’ABS ne le sentira pas. Il faudrait dans ce cas un système qui exercerait un freinage différentiel sur chaque roue pour conserver la trajectoire. Il y a déjà ca sur certaines voitures. C’est le système de contrôle de stabilité. La meilleure invention depuis la ceinture de sécurité. Il n’existe pas d’équivalent sur les avions. Pourtant, les avions ont donné l’ABS aux voitures.

Les pneus des avions ont des rainures radiales et c’est tout. De loin, ils pourraient faire penser à des slicks de courses, mais ce n’est pas slicks. Ces derniers n’ont aucun motif pour permettre la meilleure adhérence pour transmettre un max de puissance du pneu au sol lors de l’accélération. Sur les avions, les roues sont montées libres et n’ont aucun couple moteur qui arrive dessus.

Quand le pneu roule sol le sol, chaque rainure forme avec le sol passage de section carrée qui permet l’évacuation de l’eau. Plus ca va vite, plus la pression dans ces tubes est élevée et à la fin, ca peut suffire pour soulever l’avion sur l’eau. C’est pareil en voiture d’ailleurs. Une fois dans cette situation, le moindre vent de travers peut envoyer l’avion dans les champs. Des fois, ces les pilotes eux-mêmes qui virent vers le coté de la piste pour éviter de casser l’antenne de l’ILS (LOC) qui se trouve en bout de piste ainsi que les feux d’approche. Ca permet de bien se faire voir auprès des autorités aéroportuaires : « Hey, vous voyez, heureusement que j’ai eu le reflexe de virer. Votre ILS et vos feux ne sont même pas touchés ».

En Afrique, il y a souvent des avions sur les bords des pistes et au fond des tarmacs. On trouve de vraies antiquités pourrissant depuis des années. A la base, ce sont des appareils qui ont fait escale et qui n’ont jamais pu partir parce qu’ils ne démarraient plus. Leur operateur n’ayant pas les fonds pour les remettre en marche.