FedEx vol 705 – Un Assassin Dans le Cockpit

Quand Auburn Calloway, mécanicien de son état, rajoute plusieurs centaines d’heures de vol à son cursus, il fait la même chose qu’environ 50% des demandeurs d’emploi : il ment dans son CV. Dans son esprit, il s’agit d’une simple exagération pour pouvoir présenter une candidature recevable à l’employeur de ses rêves. Par prudence, il rajoute un passage fictif chez l’US Navy. Liés au secret militaire, ces derniers ne répondent pas sollicitations des entreprises privées qui souhaitent vérifier des parcours professionnels.

Le dossier est si bien ficelé que le candidat Calloway se retrouve rapidement engagé comme mécanicien de bord sur DC-10 chez FedEx. Pendant plusieurs mois, tout se passe normalement. Cependant, quand les services de la compagnie cherchent à calculer les prélèvements pour la cotisation de retraite, des anomalies apparaissent sur le dossier Calloway. La caisse des anciens militaires ne le connait pas et quelques recoupements permettent aux responsables de découvrir le pot aux roses. Immédiatement, une lettre recommandée est envoyée au mécanicien lui demandant de venir s’expliquer devant les services compétents.

Calloway est aux abois. Pendant quelques jours, il continue à travailler normalement, mais au fond de lui, il sait que tout est fini. La découverte de la supercherie met fin à sa carrière. Aucune autre compagnie ne voudra de lui après un scandale pareil. En désespoir de cause, il échafaude un plan machiavélique pour se venger de la compagnie et assurer l’avenir de sa femme et des ses enfants.

Auburn-Calloway

Auburn Calloway

Le 7 avril 1994, quand l’équipage du DC-10 N306FE arrive à bord, Calloway est assis à la place du mécanicien et manipule les divers systèmes de l’avion. Embarrassé, il cède sa place aux nouveaux arrivants et s’installe sur un fauteuil en cabine. En effet, il était d’usage que les employés des compagnies de fret voyagent gratuitement dans le cadre de leurs déplacements personnels ou professionnels. A cette fin, quelques sièges étaient installés dans chaque avion. Par contre, les passagers ne devaient en aucun cas interférer avec la mission de l’équipage en cours.

L’appareil décolle de Memphis à destination de San José en Californie. Vers 23’000 pieds, Calloway ouvre son étui à guitare et hésite entre le marteau et le fusil harpon. Pour plus de sûreté, il prend les deux et se dirige vers le cockpit. A un contre trois, une arme à feu aurait été plus indiquée. Par contre, à cause des assurances, il était nécessaire que la catastrophe ressemble à un accident. Les blessures par arme blanche peuvent à la rigueur ressembler à celles occasionnées par un crash. Le second volet du programme consiste pour le mécanicien à prendre les commandes du DC-10 et à piquer sur les installations de FedEx. Cette attaque aurait rayé de la carte le quartier général de la compagnie tout en rapportant 2.5 millions de Dollars d’assurance vie à la famille Calloway.

Dans le cockpit, l’ambiance est détendue comme c’est souvent le cas chez les compagnies de transport de marchandises. Les pilotes discutent au sujet d’une formation géologique qu’ils survolent et des endroits où ils habitent.
– Je suis du coté de Fisherville, lance le commandant
– C’est un coin sympa répond le copilote.

Il n’a pas le temps de finir sa phrase que le CVR enregistre comme le bruit d’un marteau s’abattant sur une tête. Pendant plusieurs minutes, une terrible bataille s’engage dans le cockpit. Calloway cogne de toutes ses forces sur les pilotes immobilisés par leurs ceintures de sécurité. Avant qu’ils ne soient sortis de leur surprise, ces derniers encaissent un nombre important de coups.

Malgré la gravité de leurs blessures et le sang qu’ils perdent, les pilotes se défendent. Avec leurs mains nues, ils parviennent à repousser l’agresseur. Celui-ci disparait quelques instants dans la cabine, puis comme un prédateur excité par la vue du sang, il revient brandissant son fusil harpon qu’il pointe vers la tête du commandant de bord.
– Assois-toi ! Reviens à ta place ! C’est un vrai, je vais te tuer !

Le commandant voit en face de lui Calloway les doigts crispés sur la détente. Il se laisse tomber sur son fauteuil sans quitter des yeux l’arme d’un autre âge. Sous l’eau, la flèche en acier de 80 centimètres est capable d’embrocher un requin. A l’air libre, elle a assez de puissance pour traverser une petite voiture. A l’instant où Calloway tire, le commandant braque le manche de toutes ses forces. Le harpon l’évite de justesse et l’agresseur tombe déséquilibré par l’inclinaison soudaine de l’avion. Le DC-10 fait un nombre incroyable de figures de voltige. Sur le CVR, les minutes suivantes ne sont que cris et hurlement sur fond d’alarme GPWS qui répète « bank angle ! bank angle ! » sans arrêt.

Sortant de son inconscience, le copilote appuie sur son bouton de transmission et par phrases entre coupées, il décrit la situation à l’ARTCC de Memphis. Pendant de ce temps, le mécanicien de bord réussit à plaquer l’agresseur au sol. Ce dernier n’est pas pour autant maitrisé. Trouvant une énergie nouvelle, il se met à mordre de toutes ses forces pour se libérer. Abandonnant l’idée de la destruction du quartier général de FedEx, il se contenterait d’un simple crash.

Le commandant de bord arrive à la rescousse, mais comme il a un bras cassé, il ne peut pas être d’un grand secours. Il commence à appeler le copilote :
– Jim, mets l’avion sous pilote automatique et viens nous aider !
– Fais-le maintenant, vite !

Le copilote quitte sa place et se dirige vers l’arrière en titubant. Au passage, il ramasse le lourd marteau ensanglanté. S’agenouillant au-dessus Calloway, il lui lance :
– Tu bouges, je te tue !

Le commandant de bord revient vers sa place et reprend les commandes. L’avion fait demi-tour alors que plusieurs ambulances et véhicules de police se dirigent vers la piste. Alors que l’appareil est à moins de 15 miles des installations, le copilote sent ses forces le quitter. Le mécanicien de bord est inconscient et Calloway commence à s’agiter. A n’importe quel moment, le cauchemar peut reprendre. Cette fois, les approximations ne sont plus permises. Le commandant donne l’ordre aux autres membres d’équipage de tuer Calloway :
– Tuez le fils de pute ! Tuez-le ! Tuez-le !

Ces derniers se contentent de le ceinturer en supportant ses morsures. Heureusement, la piste est à vue. Le DC-10 pose en excès de poids, mais sans dommages. Après un freinage d’urgence, les portes sont ouvertes et les forces de l’ordre envahissent la cabine aux murs tapissés de sang.

Calloway est arrêté par le FBI qui mettra des semaines avant de reconstituer tous ses plans criminels. Il fut condamné à une peine de prison à vie sans possibilité de libération sur parole. Il se trouve actuellement dans un pénitencier situé en Californie. Les pilotes et le mécanicien de bord furent soignés pour des fractures graves, y compris au crâne, des ruptures d’artères et de nerfs. L’un d’eux, le copilote perdit un œil et souffrira de paralysie partielle toute sa vie. Pour tous, la carrière aéronautique se termina définitivement ce jour là.

 

DC-10 FedEx
Le DC-10 N306FE vole toujours (image prise en 2007). Il a été sauvé, ainsi que FedEx
par le courage des pilotes.
 

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