Len Koenecke : La Bagarre sans Retour

Au début des années 1930, Len Koenecke était l’un des joueurs de baseball les plus réputés des USA. Apres un début de carrière prometteur dans le Mississippi et l’Indiana, il fut transféré aux Giants de New York pour la somme de 75000 dollars; un sacre. Pour mettre en perspective cette fulgurante ascension, disons qu’un joueur de foot commence dans l’équipe de Boullay-les-Troux (91) ou Chilleurs-aux-Bois (45) et puis se fait racheter par le PSG.

La force de frappe de Len Koenecke devient rapidement un atout pour l’équipe. Par contre, au fil de la saison, il enchaine des erreurs de plus en plus exaspérantes. A ce niveau de la compétition, ça devient intenable. Il est poussé en touche cinq mois seulement après le début de son contrat. Il galère pendant quelques temps, puis il rejoint les Dodgers de Brooklyn qui comptent sur lui pour les sortir d’une période peu glorieuse. Il est excellent au début, mais rapidement il replonge. Ses collègues se rendent compte qu’il boit beaucoup puis ne sait plus ce qu’il fait. Alors que l’équipe arrive à Saint-Louis le 17 septembre 1935, le sélectionneur décide de se séparer de lui. L’aventure s’arrête net.

C’est dans une humeur exécrable qu’il se rend à l’aéroport et prend un vol American Airlines pour New York. Dès que le Douglas décolle, il se met à boire directement de la bouteille de whisky. Il ne s’agit pas d’échantillons comme ceux qu’on donne aujourd’hui, mais d’un litron d’alcool comme on savait en distiller juste au lendemain de la Prohibition. Quand l’hôtesse de l’air vient le raisonner, il lui délivre un coup de poing à assommer un bœuf. Elle tombe à la renverse et cesse de parler. Un passager intervient et se fait agresser à son tour. Le Douglas se transforme très vite en champ de bataille. Au bout d’un moment, le copilote est obligé de venir à la rescousse et ceinture le passager turbulent. Il le bloquera de tout son poids durant tout le reste du vol.

 

LenKoenecke
Len Koenecke
 

 

A l’escale de Detroit, Len Koenecke a déjà épuisé la patience de l’équipage d’American Airlines qui décide de partir sans lui. Le passager ainsi éjecté traine dans l’aérogare et s’endort sur un siège. A son réveil, en début de soirée, il avise un baroudeur portant un blouson de pilote accompagné d’un petit gars en tenue de parachutiste. Ces derniers descendent d’un petit monomoteur qu’ils laissent sur le tarmac. Sans hésiter, le joueur leur demande s’ils ne peuvent pas le déposer à New York contre espèces sonnantes et trébuchantes. Le marché est conclu et l’avion décolle dans la nuit.

Alors que l’appareil croise au-dessus du Canada, Len Koenecke, qui est assis à cote du pilote, commence à toucher aux commandes. Il est tout de suite renvoyé au siège arrière, mais il ne se calme pas pour autant. Il attaque le para qui n’a pas le gabarit pour se défendre efficacement. Il le cogne et le mord sans arrêt. Le pilote essaye d’intervenir mais plusieurs fois il manque de perdre le contrôle de l’avion qui fait des figures de voltige dans la nuit.

La situation devient de plus en plus intenable. Le pilote prend un extincteur d’incendie, se retourne et donne un coup violent au jugé. Le para se prend l’objet directement sur la tronche, voit un gros flash et part dans un profond sommeil artificiel.

Plus déterminé que jamais, Len Koenecke attaque le pilote et lui fait un clé autour du coup l’étranglant avec son gros bras de baseballeur. L’avion s’enfonce dans le noir et n’est plus sous contrôle. La situation devient critique.

A un moment donné, le pilote réussit à récupérer l’extincteur. Cette fois, il n’avait pas le droit à l’erreur. Il fallait flasher juste, flasher droit et surtout flasher fort.

De toutes ces forces, le pilote frappe son agresseur. Il frappe une douzaine de fois comme s’il n’y avait pas de lendemain. Le joueur s’effondre sur la banquette et ne bouge plus. Le calme retombe dans la nuit et l’avion se stabilise. Il est déjà dix heures du soir.

Sans plus attendre, le pilote entame une descente rapide et survole le sol a faible altitude jusqu’à trouver un champ – en fait un hippodrome – se prêtant a un atterrissage de fortune. Une fois qu’il pose, les locaux puis la police arrivent.

Le para est sonné mais ses jours ne sont pas en danger. Len Koenecke est mort. Une hémorragie cérébrale a eu raison de lui. Le pilote et le para sont arrêtés. Ils seront acquittés à l’issue de leur procès devant un jury d’assises.

 

Len Koenecke
Article de presse de l’époque

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